Cet hiver, deux expositions importantes traitant de l’Asie centrale sont à voir à Paris : Afghanistan au musée Guimet (jusqu’au 6 février 2023) et Ouzbékistan au Louvre (jusqu’au 6 mars 2023).
1. L’Afghanistan à Guimet
Pendant très longtemps, avant que ne s’ouvrent des routes maritimes au long cours, l’Asie centrale a été le principal point de contact entre la Chine et le monde méditerranéen ou l’Inde. En marge des déferlements d’armées, la région a vu s’établir au fil des siècles, vers le début de notre ère, de fructueuses voies commerciales. Et les constructions culturelles qui y sont nées ont parfois changé la face de la planète.
La culture indienne, par exemple, dans sa forme bouddhiste, très liée jusque-là à son terroir, a élaboré sur ces confins montagneux ou semi-désertiques une version aisément exportable de ses doctrines, qui s’est ensuite diffusée jusqu’au Japon en suivant les routes caravanières contournant le massif du Tibet. Le Bouddha avait, en effet, interdit qu’on le représente personnellement, et l’interdiction a perduré pendant plusieurs siècles. Mais quand le bouddhisme a été en contact avec les traditions plastiques et la propagande sculptée des royaumes indo-grecs issus des conquêtes d’Alexandre le Grand, le besoin d’une iconographie plus performante est devenu plus pressant. L’outil qui a été alors mis au point s’est avéré un formidable moyen d’enseignement populaire et de propagation de sa pensée et de ses mythes.
C’est au nord de l’actuel Pakistan (dans l’ancien Gandhara), peu avant le tournant de notre ère, puis dans le territoire qui est aujourd’hui l’Afghanistan, qu’est née cette extraordinaire synthèse et qu’elle s’est perfectionnée. Et dans ce vaste creuset d’influences disparates, la doctrine bouddhiste même a évolué de façon très créative vers la version dite « mahayana », relativement différente de l’austère enseignement indien primitif.
Les lieux de naissance de ces bouleversements culturels ont été longtemps oubliés, ensevelis par le passage du temps et des armées. Il a fallu attendre la fin du 19e siècle et le début du 20e pour que leur importance redevienne évidente, et que la région soit l’objet d’une attention soutenue des archéologues. Dans ce cadre, la Délégation archéologique française en Afghanistan a largement contribué aux fouilles. La présente exposition retrace un siècle de cette collaboration.
On savait les vitrines du musée Guimet particulièrement riches et attractives concernant ce domaine mais cette exposition révèle que, sans quasiment les dégarnir, l’institution possède encore dans ses réserves de quoi éblouir et faire rêver le visiteur. Il s’agit parfois ici de grande statuaire mais surtout de pièces plus intimistes : parements d’autels ou décorations de stupas. L’imaginaire religieux hérité de l’Inde s’y déploie pleinement, mêlé à la sensualité de l’art hellénique, ainsi qu’à une certaine pompe héritée de la propagande impériale romaine. Au fil du parcours, on peut observer dans une forme encore très souple et très inventive ces figures qui ne tarderont pas à devenir classiques et qui traverseront ensuite sans changement fondamental les siècles et les frontières.
L’exposition à Guimet se poursuit par une section consacrée aux produits d’importation trouvés en Afghanistan. Le trésor de Begram, datant du premier ou du deuxième siècle, en est le centre, avec ses objets chinois, ses luxueuses verreries importées d’Alexandrie d’Égypte, et son célèbre ensemble d’ivoires indiens aux voluptueux dieux, déesses, apsaras et gandharvas encadrés de rinceaux peuplés des bêtes mythologiques les plus diverses. L’ensemble témoigne surtout du cosmopolitisme et de l’immense prospérité de la région aux alentours du début de notre ère.
Vient ensuite une section islamique, domaine que les aléas de l’histoire des cent dernières années ont moins permis à l’école française d’approfondir. À un autre étage du musée, le visiteur pourra également voir une belle présentation de créations textiles traditionnelles et contemporaines réalisées par des artistes et des artisanes afghanes. Une mise en valeur qui n’est pas superflue à l’heure où le retour des intégristes au pouvoir met gravement en péril le statut et la liberté de la femme dans la société.
Soit dit en passant, la pratique de partager les trouvailles des fouilles archéologiques entre les musées afghans et les institutions occidentales qui finançaient les recherches, pour discutable qu’elle puisse être dans l’absolu, s’est avérée, dans ce cas-ci, providentielle. Une partie des objets a ainsi pu être protégée des pillages et des destructions programmées par les talibans et autres fondamentalistes, qui se sont attaqué avec un bel esprit de système aux collections archéologiques des musées afghans ainsi qu’aux monuments et aux sites pré-islamiques. Leurs saccages ont été d’autant plus faciles à mettre en œuvre que, contrairement à la statuaire grecque et romaine, en bronze ou en marbre, beaucoup des réalisations antiques de la région avaient été réalisées dans des matériaux souples à travailler mais fragiles, comme l’argile non cuite ou le stuc. Une série de photos vient documenter ces exploits en clôture de l’expo.
2. Trésors d’Ouzbékistan au Louvre
L’exposition du Louvre est moins vaste que celle dont nous venons de parler, mais elle est également fascinante, et les deux se complètent. On peut voir ici des pièces rares venues des oasis d’Asie centrale, dans l’actuel Ouzbékistan, qui constituaient des étapes obligatoires sur les routes commerciales contournant le plateau himalayen par le nord.
On y trouve, naturellement, des pièces bouddhistes qui témoignent de la propagation vers le nord-est des images créées au Gandhara puis répandues par l’empire kouchan. On peut constater à cette occasion comment, en se diffusant, la synthèse d’origine, assez expérimentale, perd peu à peu de sa souplesse, de son invention pour devenir à son tour un code contraignant, avec ses conventions scolaires et ses formules dogmatiques, tendance qui ira en s’accentuant à mesure que passeront les siècles et que s’éloignera le milieu qui lui a donné naissance.
Ceux qui ont eu la chance de visiter l’Ouzbékistan seront agréablement surpris de pouvoir contempler ici des œuvres que l’on croise difficilement sur place, parce qu’elle restent dans des réserves ou parce qu’elles ont été prêtées au Louvre par des institutions beaucoup plus confidentielles et moins accessibles que le musée national de Tachkent.
À côté des pièces qui témoignent de la vitalité de la prédication bouddhiste, on en trouve d’autres, tout aussi intéressantes, provenant de la culture régionale pré-islamique, à une époque où les autorités étaient de plus en plus souvent d’origine mongole mais se révélaient ouvertes aux influences culturelles provenant des populations locales ou des échanges commerciaux. C’est un peu du parfum d’un monde cosmopolite oublié qui nous est proposé avec les œuvres montrées, elles aussi particulièrement fragiles, faites de stuc ou d’argile non cuite.
Il est à cet égard remarquable qu’ait été déplacée la fresque à l’éléphant qui sert d’affiche, réalisée sur un support extrêmement friable. Un peu comme les fresques de la salle des ambassadeurs, qu’on peut voir dans le musée de la ville ruinée d’Afrasiab, juste à côté de Samarcande, cette peinture murale témoigne du luxe, du goût pour la couleur, d’une certaine sensualité et de l’ouverture d’esprit de ceux qui régnaient sur ces riches métropoles commerçantes peu avant les bouleversements islamiques.
La section islamique témoigne joliment, à son tour, du mélange d’influences s’exerçant sur ces territoires très excentrés par rapport aux cœurs des empires. On voit qu’ici aussi, comme dans le cas du bouddhisme, l’interdiction stricte des images voulue par le fondateur a fini par être contournée. Sous l’influence de la Perse et, dans une moindre mesure, de l’Inde, l’habitude d’illustrer les manuscrits de luxe avec des miniatures a été adoptée. On sait, dans le même ordre d’idée, que les conquérants et bâtisseurs mongols et turcs à Samarcande et à Boukhara ont fait orner les façades de leurs plus prestigieuses mosquées d’animaux emblématiques, phénix ou tigres portant le soleil, qui auraient beaucoup étonné sur des édifices religieux dans la lointaine Arabie.
Au fil de ces deux expositions, on découvre au passage les joies et les périls du cosmopolitisme. Si l’on en croit l’exemple du bouddhisme évoluant en marge des centres indiens, à la porte de l’Asie centrale, le résultat du contact entre cultures très étrangères ne débouche pas obligatoirement sur un abâtardissement des doctrines. Si elle est bien conduite, par des milieux à la fois créatifs et tolérants, la recherche d’une synthèse peut parfois mener à un élargissement des horizons mentaux. Et cette évolution de certitudes devenues figées, locales et étriquées, peut même ouvrir la porte à un nouveau dynamisme, à une diffusion inespérée (et pacifique) de l’essentiel des messages d’origine sous des formes rénovées.
Texte et images D. LYSSE © 01-2023
Infos :
– Splendeurs des oasis d’Ouzbékistan au Louvre : www.louvre.fr
– Afghanistan – Pakistan : www.guimet.fr

Bien qu’il ait été rénové, on dit le lieu menacé de fermeture prochaine, faute de budget et de personnel. C’est donc le moment de s’y rendre, avant qu’il soit trop tard. Le musée de la Porte de Hal se prête pourtant bien à une sortie pas trop longue mêlant culture et délassement. Encore plus s’il y a des enfants ! Tout est là pour les faire rêver : le bâtiment à l’aspect redoutable, l’interminable escalier en vis, et, tout en haut, le chemin de ronde à créneaux d’où l’on découvre le panorama sur le sud-est de la ville. Pour titiller la curiosité et faire songer à des voyages dans le temps, des gadgets ingénieux ont été ajoutés là-haut, des sortes de longue-vue qui permettent de voir le paysage environnant, animé, tel qu’il était à l’époque de Brueghel. L’expérience en dit long sur la croissance démographique et l’urbanisation intensive des derniers siècles.
Les objets exposés dans le bâtiment sont tous plus ou moins liés à la défense de la ville et à la sécurité urbaine. La mainmise seigneuriale sur l’armée et sur les ouvrages militaires est évoquée au premier étage, dans la grande salle gothique, avec, en plus du matériel de prestige auquel on peut s’attendre, des pièces qui sortent de l’ordinaire : l’armure d’apparat ainsi que les chevaux empaillés et équipés qui ont servi pour la joyeuse entrée des archiducs Albert et Isabelle venus occuper leur poste de gouverneur à la fin du XVIe siècle, par exemple. Ou, plus intime, le berceau de Philippe le Beau, le père de Charles Quint.
Il n’y a pas des milliers d’objets mais tout y est de qualité, bien choisi, bien présenté, bien éclairé. Et une exposition temporaire complète les collections. Actuellement, elle montre des petits théâtres en papier, qui permettaient jadis de reconstituer et rejouer à domicile contes et pièces à la mode.
L’art contemporain professionnel nous a de toute façon habitués à tous les excès, aux bizarreries, aux montages minimalistes ou à la quasi-vacuité des espaces et des contenus. En comparaison, ce qui est montré ici peut se révéler immensément plus touchant, plus direct, plus véridique, dans le sens où il ne s’agit souvent pas d’objets fabriqués pour un marché mais de créations venues du plus profond de l’être et accouchées tant bien que mal, au gré de l’habileté ou du savoir-faire de chacun.
Certaines techniques s’avèrent particulièrement adaptées à la situation des auteurs, comme la gravure sur lino, par exemple, qui combine une phase entièrement spontanée au moment de la création de la matrice originelle en linoléum avec une autre phase très technique, très maîtrisée, souvent effectuée par un assistant, au moment du tirage. Ces deux étapes distinctes permettent de donner au résultat un bel équilibre entre un côté formellement impeccable et un autre plus improvisé, vécu.
La célèbre silhouette de l’hôtel de ville d’Audenarde domine le paysage du centre urbain, particulièrement radieuse quand viennent l’illuminer les premiers rayons du soleil. Mais ici aussi, les murs cachent un musée attachant, à taille humaine, qui ne demande pas une visite tournant au marathon.
Cette verdure, qui faisait l’image de marque et la réputation des ateliers, finissait parfois par envahir tout le champ de l’image. Dans quelques cas, pour varier l’offre, on choisissait comme sujets des scènes très étranges montrant des animaux fantastiques que ne désavoueraient pas les créateurs de jeux vidéo contemporains. Le visiteur se promène donc (dans une faible lumière pour protéger les couleurs très fragiles) parmi des représentations d’une nature exubérante, où des salades et des chardons géants peuvent abriter des daims et des perroquets, et où des guirlandes de fleurs et de fruits gigantesques peuvent être portées ou escaladées par de minuscules personnages.
C’est l’un des itinéraires les plus agréables qu’on puisse choisir pour ces promenades d’une journée. Le cours de la rivière est resté très sinueux, très peu rectifié. Il offre des vues perpétuellement changeantes, et le paysage le long des berges est assez préservé. À l’automne, lorsque la brume s’élève du cours d’eau ou transpire des champs, les levers de soleil à contre-jour sont assez féeriques. Ce qui justifie, d’ailleurs de partir de Grammont et de marcher dans le sens nord-sud plutôt que dans l’autre, en partant d’Ath.
La faune est aussi très variée, pas trop nerveuse, et se laisse observer, du moins avant le début de la chasse. Pour ceux qui disposent d’un bon matériel de photo, c’est l’endroit idéal pour immortaliser des biches, des chevreuils, des faisans, des hérons, des cormorans, d’innombrables poules d’eau et canards. Même ceux qui, comme moi, n’utilisent qu’un petit appareil de poche vont se sentir doués pour les clichés animaliers. Le vrai défi, pour les photographes les plus adroits, c’est de capter une trace des furtifs martin-pêcheurs, qu’on reconnaît en vol à leurs ailes d’un bleu éblouissant mais qui ne s’attardent jamais à la vue.
À peu près à mi-parcours, sans quitter les bords de la rivière, à Lessines, le promeneur aura le plaisir de longer les beaux bâtiments de l’ancien hôpital Notre-Dame à la Rose. La visite du musée, consacré à la vie religieuse et médicale du passé, peut s’avérer assez difficile pour des marcheurs qui veulent continuer ensuite leur balade pendant une douzaine de kilomètres : il n’ouvre qu’à 14 heures, ce qui obligerait à terminer la promenade assez tard, et le prix d’entrée peut décourager. Cela n’empêche pas de contempler le bâtiment de l’extérieur, et de voir notamment le très riche jardin des plantes médicinales, en accès libre, de l’autre côté de l’édifice.
Pendant les douze ou treize kilomètres qui suivent, nous sommes conviés ici à de l’archéologie industrielle. Les ouvrages d’art qui parsèment le trajet étaient à la pointe du progrès, à la fin du 19e siècle : ponts-levis métalliques à balancier pour les routes étroites, ponts tournant pour les chaussées plus importantes et, surtout, plusieurs ascenseurs à bateaux qui permettaient de corriger des dénivellations impressionnantes.
Le rythme de la marche est ici très bien adapté et permet de découvrir ces architectures lentement, sous divers angles et éclairages. Si la porte est ouverte (elle l’était lors de mon passage), cela vaut la peine d’aller jeter un coup d’œil à une partie de la machinerie de l’ascenseur numéro trois, à Bracquegnies. On y voit d’énormes engins arborant fièrement les noms d’industries qui ont fait de notre pays un des plus riches du monde, au dix-neuvième siècle, et qui sont aujourd’hui disparues (ou qui sont devenues périphériques dans de vastes conglomérats transnationaux).
Un peu plus loin, sur le nouveau canal, c’est le nouvel ascenseur à bateau de Strépy-Bracquegnies qui impressionne en dominant de sa masse énorme tout un morceau de village : récemment construit, il remplace à lui seul tous ceux qu’on a croisés jusqu’ici, et permet le transit de péniches aux tonnages autrement plus imposants. Les derniers pont-levis et machineries anciennes, avec leurs dentelles de fer, semblent des jouets en comparaison, des objets pittoresques.
Très facile d’accès depuis la gare de Malines, qui se trouve quasiment au bord de la voie d’eau, ce canal, largement désaffecté et donc très tranquille, lui aussi, est plus récent que le précédent. Il traverse par ailleurs des régions qui sont plus densément peuplées et plus industrieuses. L’ensemble du trajet en est moins pittoresque, et l’aspect sportif est à envisager d’abord, dans ce cas : on peut circuler d’un bon pas, sans risquer de se perdre, tout en restant à une certaine distance de l’urbanisation galopante et du trafic automobile (dont le bruit ne s’arrête pourtant jamais complètement).
Les sportifs du coin ne s’y trompent d’ailleurs pas et le chemin de halage est assez fréquenté, par des promeneurs de chiens, qui font quelques kilomètres, par des cyclistes, individuels ou en vastes clubs, qui passent parfois à grande vitesse, et aussi par des pêcheurs qui viennent à vélo ou à motocyclette installer tout un campement pour la journée.
Il est important ici de prendre avant le départ quelques clichés de l’itinéraire sur «
La première étape, entre Namur et Jemeppe-sur-Sambre, ne manque pas d’intérêt, même si l’eau de la rivière n’y est plus vraiment limpide et si la canalisation à grand gabarit ne laisse pas place à beaucoup de fantaisie. Sur le trajet, on ne manquera pas de jeter un coup d’œil à l’ancienne abbaye de Floreffe, devenue une école supérieure.
Si on a de la chance, on pourra en visiter l’église. Les stalles y sont vraiment remarquables, résultat d’un travail extrêmement minutieux et laborieux (tous les délais de commande et les budgets avaient été, à l’époque, largement dépassés). On y remarquera à la fois la belle ordonnance classique des saints et des prophètes dans leurs niches, et puis la prolifération des grotesques dans les zones moins officielles, miséricordes ou supports de statues, qui ne pourront manquer de retenir l’attention de ceux que les représentations plus officielles laissent indifférents.
On ne manquera pas, sur le chemin, de s’arrêter à l’abbaye d’Aulne, mise à sac par les armées révolutionnaires françaises. Même si l’entrée du site reste assez confidentielle et semble plutôt mener à des salles de réception privées, les ruines s’en visitent librement. Ce serait dommage de ne pas faire le détour depuis la voie d’eau, quelques kilomètres après Landelies : il y a un côté immensément romantique aux vues de la végétation prenant d’assaut des chevets gothiques aux verrières finement nervurées.
fin de journée, on pourra reprendre le train dans l’autre sens à Thuin, tout en n’oubliant pas de faire un petit tour en ville. Thuin vaut surtout pour son site, avec un relief aigu couronné de remparts ou de hautes constructions remplissant une fonction défensive. Elle est surmontée par un beffroi qu’on voit de loin à la ronde, en haut duquel on peut monter (conditions voir office de tourisme).
après trois ou quatre kilomètres, on peut prendre un sentier qui mène jusqu’à Lobbes, où se trouve la plus ancienne église de Belgique. L’abbaye de Lobbes fut longtemps un des centres de la vie intellectuelle jusque très loin à la ronde, avant d’être déclassée par la montée de la culture urbaine puis d’être emportée et détruite par la tourmente révolutionnaire. L’église, dans son état actuel, date en grande partie de l’époque romane et présente encore un plan très archaïque, à deux niveaux, avec un chœur surélevé surplombant une crypte remontant plus ou moins à l’an mille.
age devient exclusivement champêtre, vert. C’est la plus belle section du trajet, qui évoque des visions de paix et d’harmonie chez le promeneur venu de la ville (et sans doute moins chez les fermiers qui travaillent dans les champs et les grosses fermes qui s’égrènent au fil des kilomètres). Après avoir traversé quelques très beaux villages, on trouvera la gare d’Erquelinnes presque en bord de rivière.

st le plus accessible de tous ceux des environs. On y circule librement dans les jardins et, en demandant à l’accueil, on peut voir, à l’intérieur, en haut du grand escalier, quelques vitrines retraçant l’histoire, parfois tragique, de ses derniers propriétaires.
Dès qu’on quitte Philippeville par le sud, peu après la gare, le paysage retrouve tout son charme. Pas de monuments historiques, ici, mais des vues toujours nouvelles sur une campagne restée très variée, semée de petites agglomérations en pierre et de grosses fermes, par des chemins larges et des routes tranquilles où ne passent que peu de véhicules. Le tout petit village de Roly se détache particulièrement, avec sa ferme-château, son vieux lavoir en pierre et sa petite place bordée d’arbres.
De Roly à Fagnolle, le GR fait de longs détours pour s’écarter de la route goudronnée et passer par les endroits les plus notables du coin. Mais la circulation est très éparse et peu gênante sur cette route – des travaux, fin juillet 2022, bloquaient carrément tout le trafic. Cela vaut donc la peine, pour ceux qui veulent gagner quelques kilomètres, d’envisager de suivre tout bonnement le macadam à travers la forêt pour arriver plus frais à la gare de Mariembourg.
Il est entouré de prairies pauvres à la végétation très particulière, presque méditerranéenne, où batifolent des papillons et des insectes un peu rares, protégés par le statut de réserve naturelle. C’est l’endroit le plus « touristique » des itinéraires signalés jusqu’ici, le seul où, les week-end d’été, on risque de trouver trop de monde pour pouvoir en apprécier pleinement le charme et l’étrangeté.











L’Égypte, la Grèce et Rome sont les secteurs les plus visités. La présentation en est pourtant datée : elle devrait être totalement rénovée dans deux ans (à en croire des bruits de couloir). Ceci dit, même si certaines vitrines sont peu attrayantes, avec un éclairage au néon qui perturbe les appareils photo, les collections restent belles, avec un grand choix de vases peints, côté grec, des mosaïques, un très beau bronze monumental et quelques bustes-portraits énergiques d’époque romaine puis des sarcophages à momies, une chambre tombale transportée en entier depuis le Nil, des inscriptions en hiéroglyphes et autres statues de pharaons de toutes les époques, côté égyptien.
Dans cette aile-là, ce qu’il ne faut pas manquer, parce que la présentation est impeccable et que les objets montrés sont parfois peu courants, ce sont les sections Moyen-Orient antique et monde islamique. Bizarrement, bien qu’elles soient très vastes, ces salles sont renseignées de façon totalement confidentielle. Voilà au moins une piste pour arriver aux collections syrienne et mésopotamienne : il faut descendre au sous-sol et chercher la porte vitrée sur le côté de la maquette de Rome, en face des écrans vidéos bavards.
Là aussi, des pièces un peu bizarres mais discrètes peuvent révéler beaucoup sur la mentalité d’époques éloignées, comme ces bols magiques qu’on enterrait dans les fondations des maisons, il y a une douzaine de siècles, chez les Mandéens, où un démon était représenté schématiquement, pieds et poings liés, entouré de formules propitiatoires qui protégeraient le bâtiment contre l’intrusion de créatures métaphysiques malfaisantes. Dans les vitrines proches de l’entrée, les petits bronzes très pittoresques, pour les mors de chevaux, ou assez mystérieux, pour les figures composites du Luristan (dans l’actuel Iran), forment un ensemble assez remarquable.
La section des arts de l’islam montre un vaste choix d’œuvres plus ou moins abstraites, poteries, textiles, tapis ou armes de prestige, et aussi beaucoup de pièces figuratives venues de ces régions (surtout l’Iran et sa très vaste aire culturelle) où l’interdiction religieuse des images a été vite contournée, permettant la floraison de riches écoles de miniature ou de peinture sur céramique.
Dans la partie Asie et Amériques, je recommanderais de commencer la visite par la section américaine, au rez-de-chaussée. La collection Janssens a été montrée dans ces salles pendant un temps mais, propriété de la communauté flamande qui l’a reçue en paiement de droits de succession, elle est maintenant exposée à Anvers. Le Cinquantenaire possédait par ailleurs un vaste fond concernant ce domaine et, sauf du côté de l’orfèvrerie, il offre actuellement une sélection qui reste aussi passionnante pour le visiteur. On retrouvera donc ici toutes ces représentations d’êtres divins ou, plus banalement, de personnages civils occupés à leurs tâches particulières, images qui peuvent se montrer très touchantes pour peu qu’on prenne le temps de s’accoutumer à leurs formes peu familières (et à des dénominations déroutantes comme Huitzilopochtli !).
Les enfants et ceux qui ont gardé leur âme d’enfant s’émerveilleront alors de trouver ici des têtes réduites jivaro ou bien le fétiche arumbaya de l’album L’oreille cassée des aventures de Tintin, ou la momie de Rascar Capac, la seule a avoir été conservée dans sa vitrine ancienne, exactement comme l’avait vue Hergé quand il l’a dessinée dans Les sept boules de cristal. À l’étage supérieur, ils retrouveront le très beau Shiva dansant, en bronze, du sud de l’Inde, devant lequel un Indien voulait trancher la tête à Milou dans Les cigares du pharaon. L’usage qu’a pu en faire Hergé montre, au passage, à quel point ces collections ont potentiellement une vie propre et peuvent être regardées d’une manière créative : tout dépend vraiment de l’œil et de l’état d’esprit du visiteur !
Quant à la partie « histoire de Belgique », c’est évidemment les sections dans lesquelles le musée excelle, où il n’a de concurrence dans aucune autre capitale. Avec le handicap que notre petit territoire a été longtemps très périphérique dans l’histoire du monde et de la culture. Même si la présentation est impeccable et attrayante, une certaine austérité marque ainsi les premiers millénaires.
Pas d’élaboration grandiose venue de l’âge de la pierre, ici : ni peinture pariétale ni statuette de Vénus fessue. À l’âge du fer, les Celtes ont laissé beaucoup de traces de leur existence dans nos régions, mais il s’agit souvent d’une vie rurale sans réalisation spectaculaire. La conquête romaine a inondé le territoire d’objets de luxe et de demi-luxe amenés par des marchands auprès des riches et des puissants locaux, mais beaucoup étaient fabriqués ailleurs ou alors copiés de modèles importés, sans originalité foudroyante : cela souligne à quel point nous n’étions qu’un lointain territoire frontalier pour l’Empire. Quant aux invasions germaniques, elles n’ont laissé que de pauvres vestiges, quand une épée rouillée, une boucle de ceinture ou une broche incrustée de grenats ou de verroterie font figure de trésor inestimable.
L’inconvénient, inévitable, est que cette accumulation de pièces les rend chacune plus anonymes, les coupe un peu de leur contexte. Les tapisseries des ducs de Bourgogne, par exemple, qui sont la plus grande richesse du musée de Tournai et y sont donc mises en vedette et explicitées avec beaucoup de pédagogie, sont un peu noyées ici. Elles paraissent un peu plus confuses encore quand on les compare aux époques ultérieures, elles semblent vite trop encombrées de scènes et de personnages pour qu’on prenne le temps de les déchiffrer alors que se profile une effrayante enfilade de salles. Bref, elles restent muettes pour la plus grande part du public.
Difficile de recommander de s’attarder sur une œuvre en particulier : pour celui qui a une certaine familiarité avec les diverses productions des artisans de nos régions, elles ont toutes leur personnalité, leur petite ou leur grande histoire à raconter. Je suggérerais malgré tout au visiteur de s’arrêter un moment devant le grand retable bruxellois en bois sombre sculpté vers l’an 1500 par Jan Borreman et son atelier.
Il faut regarder de près les figures des acteurs, attristées ou brutales, songeuses ou haineuses mais toujours férocement populaires. Il y a ici toute la virtuosité de la Renaissance dans le rendu des corps, des matières et de l’espace mais en même temps, un refus total ou au moins une résistance obstinée contre l’idéalisation des personnages et l’italianisme qui l’accompagnait d’habitude à cette époque.
C’est l’esprit qui a animé Brueghel qui se trouve là en action, un peu gouailleur et attaché au quotidien, même dans les scènes sacrées, méfiant devant les grandes idées, les idéaux désincarnés, les propagandes pompeuses. Ce n’est pas dans ces ateliers que l’empereur Auguste aurait pu se faire représenter en dieu grec, malgré son âge et son probable embonpoint. Tout le monde, rois, pontifes, saints, militaires, palefreniers, paysans et petit peuple accouru au spectacle est montré bien authentique, bien concret en toutes circonstances. Pour cette exemplarité et pour la qualité de la composition des scènes ainsi que de chaque rendu de détail, ce retable-là mérite vraiment qu’on y consacre plus qu’un coup d’œil distrait, pressé, fatigué par l’océan de vitrines déjà vues ou encore à voir.















Le Trésor d’Oignies, classé parmi les « sept merveilles de Belgique », a longtemps été hébergé dans un endroit totalement confidentiel, dans une salle du couvent des Sœurs de Notre-Dame, à Namur. Le lieu, pas très adapté, mais avec le charme intimiste des recoins un peu secrets, avait été surnommée par dérision « le plus petit musée du pays ». Cédé à la Fondation Roi Baudoin en 2010, cet ensemble d’orfèvrerie du XIIIe siècle, comprenant une quarantaine de pièces en lien avec le même artiste, est maintenant exposé dans des conditions optimales, au Musée des Arts anciens du Namurois.
C’est ici qu’intervient le deuxième personnage de ce trio : un certain Jacques, né à Vitry, étudiant en théologie à Paris : la crosse de Jacques de Vitry). Attiré par la réputation de la sainte et par le récit de ses miracles, il délaisse les controverses savantes de la capitale française pour s’installer à Oignies et vivre la religion de manière plus intense, moins froidement intellectuelle que dans les écoles. Il reste attaché au lieu aussi longtemps que vit la sainte, qui le convainc toutefois de terminer son cursus et d’être ordonné prêtre pendant cette période. Après le décès de son inspiratrice, il rédige une biographie de Marie.
A partir de 1222 et jusqu’après la mort de Jacques de Vitry en 1240, une question se pose au prieuré d’Oignies, qui est un petit patelin en pleine campagne, pas loin de Namur : comment gérer cet afflux de richesses, d’argent, d’or, de reliques, de pierreries et de curiosités exotiques, émaux et verres byzantins, égyptiens ou syriens ? A qui confier la fabrication des châsses, reliquaires et objets liturgiques souhaités par Jacques de Vitry ? C’est là qu’intervient le troisième personnage, lui aussi sorti à peu près de nulle part : frère Hugo.
Il n’a pas un tempérament mystique comme Marie, il n’imaginerait sans doute pas faire des miracles par des débordements de piété, mais ce n’est pas non plus un homme d’action, un caractère tempétueux et flamboyant, comme Jacques de Vitry, qui se serait morfondu de se retrouver ainsi enfermé dans une étroite carrière ecclésiastique dans un petit établissement rural. Hugo honore le ciel à sa façon, par l’esthétique, en ornant des manuscrits de la Bible et du matériel liturgique. Une voie qu’avait prônée, un peu plus tôt, en France, Suger, abbé de Saint-Denis, constructeur de la toute première cathédrale gothique, qui devait se défendre d’accusations de distraire le fidèle en frivolités et de dilapider les moyens et les énergies en dépenses de luxe.
Le frère Hugo est conscient de la très grande beauté de ses réalisations, il signe fièrement ses plus belles pièces ou même s’y représente les offrant au Seigneur. Mais il n’est pas snob ni à l’affût de la mode. Il ne se veut ni l’ambassadeur ni le promoteur des dernières nouveautés de l’iconographie et de la technique, comme a pu l’être Suger, toujours à la pointe de l’avant-garde. Son écolage à lui est un peu daté, provincial, archaïsant, encore proche du roman, et son art sera la dernière grande réalisation, dans la région, de l’orfèvrerie venue du temps lointains des tribus germaniques, qui privilégiaient le remplissage, les cabochons brillants, les marqueteries de pierres ou d’émaux de couleur, les monstres bizarres, les entrelacs et les rinceaux.

Ce soin presque maniaque dans les détails et cet équilibre parfait entre la composition générale et les ornements ont engendré une des manifestations les plus raffinées de l’orfèvrerie « barbare » qui était venue de la steppe avec les grandes invasions. Mais c’est aussi son chant du cygne : quand l’atelier d’Oignies s’éteindra avec la disparition des finances de Jacques de Vitry et avec celle d’Hugo, la tradition de l’ornementation pure s’évanouira peu à peu en Occident. Le gothique, même flamboyant, soumettra ses extravagantes volutes à l’architecture, et les figurations humaines ou animales, de plus en plus en plus indépendantes, y demanderont vite des représentations de l’espace moins compactes, moins encombrées, moins saturées de la lumière dorée du Royaume des Cieux, un espace où l’air du monde civil peut circuler.
Le premier, appelé familièrement la « Maison de Roi », n’est plus à présenter. Sa pittoresque silhouette néo-gothique, face à l’hôtel de ville, est connue de tous ceux qui ont mis le pied à la Grand-Place (ill. 1). Mais si tous les Bruxellois et beaucoup de Belges en connaissent la façade, peu en poussent la porte : on visite plutôt des musées en voyage ou en excursion, quand on a des loisirs, mais rarement près de chez soi, où d’autres urgences et propositions nous accaparent. L’édifice abrite pourtant un établissement public attachant, le « Musée de la Ville de Bruxelles ».
C’est dans la Maison du Roi qu’on peut ainsi voir l’authentique Saint-Michel du sommet de l’hôtel de ville, remplacé lors de la restauration récente, ou certains ornements baroques qui ont dû être reconstitués sur les façades des maisons des corporations, ou alors, plus étranges, quelques unes des figures grotesques qui soutiennent la corniche du chœur roman de Notre-Dame de la Chapelle, la plus ancienne église de Bruxelles (ill. 2).
Si on voit sur la façade de ce prestigieux bâtiment officiel tant de moines qui boivent et qui ripaillent (ill. 3), c’est parce qu’il y avait là un bistrot portant un nom du genre « la cave des moines ». De même pour le chapiteau avec des Noirs en turban : il surplombait l’emplacement de la « taverne du maure ». Le curieux chapiteau où des gens manipulent des chaises avec des pelles (ill. 4) serait, lui, issu d’un jeu de mots en flamand sur le supplice de l’estrapade, qui se pratiquait, semble-t-il, à peu près en face de cet endroit.
On voit que l’art de Brueghel, avec ses proverbes, sa verve populaire et ses jeux de mots soigneusement illustrés, a des racines très profondes.


















