Vers un joyau gothique, le long du canal.
Pour ceux qui veulent marcher aux environs de la capitale, on peut recommander d’aller de Bruxelles à Hal, le long du canal. Cela représente une quinzaine de kilomètres. Le départ de la promenade se fait au square Vandervelde, un nœud de lignes de bus et de trams, à Anderlecht. Il faut alors longer à distance, pendant quelques centaines de mètres, le vaste bassin de Batelage (ill. 1), en contournant des entrepôts, puis on se retrouve au bord de l’eau jusqu’au bout du trajet. Attention, il faut prendre la rive droite en quittant Bruxelles : le chemin de halage à gauche est actuellement en travaux sur la plus grande partie du trajet.
Après quelques kilomètres, la voirie est réservée exclusivement aux piétons et aux cyclistes. Très urbain et industriel au début, le paysage se fait plus bucolique à mesure qu’on avance (ill. 2), le parcours étant rythmé par la succession des écluses. Pour les bons marcheurs (munis d’une carte routière), une extension de la promenade est possible à l’écluse de Lot, jusqu’au château de Beersel, situé à deux kilomètres et demi
seulement, du côté gauche. Le bâtiment date du moyen-âge, il est quasiment vide à l’intérieur et vaut surtout pour le coup d’œil, pour sa silhouette pittoresque, en briques rouges (ill. 3), et pour la campagne environnante, particulièrement jolie et sillonnée de chemins balisés.
En arrivant à Hal, le dernier kilomètre du chemin de halage est le plus beau. Il est resté pavé, bordé de hauts arbres, avec la tour de la collégiale qui se profile au bout de la perspective (ill. 4). Ceux qui sont fatigués de la marche ou pressés de rentrer à Bruxelles trouveront la gare le long du canal. On ne saurait assez recommander aux autres de visiter la Basilique Saint-Martin
de Hal, une très ancienne église de pèlerinage, qui reçut au fil des siècles de nombreuses donations, et dont la décoration gothique est l’une des plus riches parmi les églises du Brabant (ill. 5).
L’édifice a eu la chance de ne pas avoir subi les saccages d’œuvres d’art qui ont accompagné, au XVIe siècle, la période iconoclaste protestante. On voit encore, sous la tour, à droite en entrant, les boulets de canon envoyés par une petite armée protestante bruxelloise, qui a fini par se décourager devant la résistance locale. Ce retrait fut attribué à l’action protectrice de la vierge miraculeuse, une statue de la vierge allaitante apportée au XIIIe siècle par Elisabeth de Hongrie,
belle-mère d’un duc de Brabant de l’époque. La statue, dit la légende, en serait restée noircie par la fumée des canons dont elle interceptait les projectiles (ill. 6).
A l’extérieur comme à l’intérieur de l’église, la décoration est très riche. Dehors, c’est une douce et gracieuse vierge gothique qui accueillait les pèlerins au milieu du portail à droite de la tour. Mais, tout autour de l’édifice, il faut aussi observer ces socles pour statues, qu’on appelle cul-de-lampes. La tradition voulait que l’imagerie intérieure d’une église évoque seulement le sacré, le ciel et les enseignements moraux. Mais à l’extérieur, la décoration était plus libre d’évoquer le monde trivial, ce monde où les fidèles sont tentés ou effrayés par les mille inventions du diable, ce qui permettait aux sculpteurs de laisser voguer beaucoup plus librement leur imagination (ill. 7).
Ailleurs, on trouve aussi un grand lutrin en forme d’aigle, et d’immenses fonts baptismaux en cuivre, ornés de petits personnages (ill. 10), dont un saint Georges délivrant une princesse vêtue d’un chapeau coupé à la manière voyante de la cour de Bourgogne. Une chapelle latérale renferme un beau retable, taillé par le sculpteur officiel de Charles Quint. On voit aussi la touchante et maladroite représentation d’un minuscule bébé, le deuxième fils décédé de celui qui allait devenir Louis XI de France et serait surnommé par ses ennemis : « l’universelle aragne », l’araignée universelle, pour sa ténacité et son habileté à réussir les négociations les plus difficiles. L’enfant est mort âgé de quelques mois, alors que Louis, pas encore roi, vivait depuis quelques années aux environs, exilé de France par son père et réfugié chez l’ennemi, à la cour de Bourgogne, pendant un de ces épisodes confus qui ont émaillé la guerre de Cent Ans.
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